Claude Giraud chez Don Alejandro Robaina

Champagne – Cigare : une parenthèse dans le temps

Résister à l’interdit et prendre son plaisir au sérieux !

Images croisées

Peu de pays ont vu leur image aussi étroitement liée à leur produit national que Cuba à son Havana et la France au Champagne. Ce n’est pas un hasard car il existe bien des parallèles entre ces deux pays et leurs deux produits.

Viennent naturellement à l’esprit l’image de la République Française debout sur les ruines de la Bastille de 1789 et le visage du Che symbole d’une révolution ou bien encore la résistance du village d’Astérix, ce petit gaulois barbu face aux légions romaines, facilement transposable aux exploits de ces barbus cubains mythiques, tenant tête à l’Amérique entière.

Cultures parallèles

Les génies naissent dans la souffrance dit-on, à Aÿ ou à San Luis (village natal de Robaina, seul producteur de tabac dont un cigare porte le nom), la nature a du génie. Des conditions climatiques limites et singulières liées un terroir unique et difficile, magnifiées par la ténacité et l’extraordinaire créativité des hommes et des femmes de nos pays. Voilà comment naissent les grands crus de Havana et de Champagne.

Limite climatique septentrionale faisant éclater les chais champenois dans les hivers rigoureux dont il faut protéger les bourgeons, mais réchauffée d’un bel été indien pour la vendange de septembre ; chaleur Cubaine tropicale qu’il faut tempérer de tapados (toile légère) pour protéger le corojo (cépage de tabac très fin), mais rafraîchit des vents du continent américain de janvier à mars pour la récolte. Pluie fine régulière et sans excès pour ces deux grands terroirs dont la vérité se lit dans les sols :
Végas Finas ou Grand Cru, Végas Secondaire ou Premier Cru, autres Végas et autres crus, les hommes aiment à classer leur richesse.

Elaboration symétrique

Même esprit, même dentelle, à partir de ces terroirs uniques et capricieux, tout n’est qu’adaptation, création et travail.

Pour réguler les caprices des années si disparates le Champagne et le Havana partagent un même secret, l’assemblage : deux cépages nobles donnant 4 à 5 qualités de feuilles ou de jus, déclinés dans des crus et millésimes multiples, voilà la palette dont l’artiste tirera l’harmonie.

Séchage et pressurage donnent le tempo de l’année, la barrique de chêne ou de cèdre et deux fermentations seront nécessaires pour que chaque qualité affirme son caractère, sa différence et sublime l’assemblage ; car en champagne comme à la Havane ce que beaucoup croient être une simple technique de lissage des années est en faite la plus puissante arithmétique de la vie : 1 + 1 ne font pas 2 mais 3, 4 ou même 5 dans les années d’exception. C’est la victoire lumineuse du métissage, la richesse incomparable du pluriel.

Nos paysans ont trouvé ce chemin de vérité dans l’observation patiente de la vie et de leurs labeurs difficiles. Vient ensuite le travail du temps qui va pétrir cette pâte magique et en faire lever le sel et les arômes. Ainsi accède-t-on à l’âme du Champagne et du Havana : une certaine malice à prendre son temps et y ouvrir de voluptueuses parenthèses !

 
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