Champagne – Cigare
: une parenthèse dans
le temps
Résister à l’interdit
et prendre son plaisir au sérieux ! Images
croisées Peu de pays ont vu leur image aussi étroitement liée à leur
produit national que Cuba à son Havana et la France au Champagne.
Ce n’est pas un hasard car il existe bien des parallèles
entre ces deux pays et leurs deux produits.
Viennent naturellement à l’esprit l’image de
la République Française debout sur les ruines de
la Bastille de 1789 et le visage du Che symbole d’une révolution
ou bien encore la résistance du village d’Astérix,
ce petit gaulois barbu face aux légions romaines, facilement
transposable aux exploits de ces barbus cubains mythiques, tenant
tête à l’Amérique entière.
Cultures parallèles
Les génies naissent dans la souffrance dit-on, à Aÿ ou à San
Luis (village natal de Robaina, seul producteur de tabac dont un
cigare porte le nom), la nature a du génie.
Des conditions climatiques limites et singulières liées
un terroir unique et difficile, magnifiées par la ténacité et
l’extraordinaire créativité des hommes et des
femmes de nos pays. Voilà comment naissent les grands crus
de Havana et de Champagne.
Limite climatique septentrionale faisant éclater les chais
champenois dans les hivers rigoureux dont il faut protéger
les bourgeons, mais réchauffée d’un bel été indien
pour la vendange de septembre ; chaleur Cubaine tropicale qu’il
faut tempérer de tapados (toile légère) pour
protéger le corojo (cépage de tabac très fin),
mais rafraîchit des vents du continent américain de
janvier à mars pour la récolte. Pluie fine régulière
et sans excès pour ces deux grands terroirs dont la vérité se
lit dans les sols :
Végas Finas ou Grand Cru, Végas Secondaire ou Premier
Cru, autres Végas et autres crus, les hommes aiment à classer
leur richesse.
Elaboration symétrique
Même esprit, même dentelle, à partir de ces
terroirs uniques et capricieux, tout n’est qu’adaptation,
création et travail.
Pour réguler les caprices des années si disparates
le Champagne et le Havana partagent un même secret, l’assemblage
: deux cépages nobles donnant 4 à 5 qualités
de feuilles ou de jus, déclinés dans des crus et
millésimes multiples, voilà la palette dont l’artiste
tirera l’harmonie.
Séchage et pressurage donnent le tempo de l’année,
la barrique de chêne ou de cèdre et deux fermentations
seront nécessaires pour que chaque qualité affirme
son caractère, sa différence et sublime l’assemblage
; car en champagne comme à la Havane ce que beaucoup croient être
une simple technique de lissage des années est en faite
la plus puissante arithmétique de la vie : 1 + 1 ne font
pas 2 mais 3, 4 ou même 5 dans les années d’exception.
C’est la victoire lumineuse du métissage, la richesse
incomparable du pluriel.
Nos paysans ont trouvé ce chemin de vérité dans
l’observation patiente de la vie et de leurs labeurs difficiles.
Vient ensuite le travail du temps qui va pétrir cette pâte
magique et en faire lever le sel et les arômes. Ainsi accède-t-on à l’âme
du Champagne et du Havana : une certaine malice à prendre
son temps et y ouvrir de voluptueuses parenthèses !
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